
LA CI DAREM LA MANO
Là ci darem la mano propose une traversée de Don Giovanni depuis ses décombres.
Dans un théâtre, en pleine générale de Don Giovanni, le metteur en scène interrompt la répétition juste avant le dénouement. Il veut reprendre l'opéra depuis la fin, retravailler les scènes qui n'ont pas fonctionné. La fatigue affleure, les tensions aussi.
Mais dehors, un scandale enfle. Accusé de harcèlement, de violences sexuelles et d'abus de pouvoir, il est sommé de quitter la production. Il refuse. Plutôt que de céder sa place, il entraîne avec lui toute la production dans sa chute. Le spectacle qui devait avoir lieu n'aura pas lieu.
Et pourtant, Mozart continue.
Commence alors une nuit singulière, où les chanteurs et les musiciens remontent le cours de l'opéra, comme on remonte une rivière pour en chercher la source. Ils tentent ainsi de comprendre ce qui leur arrive, de traverser ensemble leur sidération. Les rôles se brouillent, les hiérarchies vacillent, les personnages de Mozart se mêlent aux êtres qui les interprètent. Le théâtre se met à nu, dans toute sa puissance, son ridicule et ses contradictions.
Car Don Giovanni n'agit jamais seul. Autour de lui gravitent des êtres qui le désirent, l'admirent, le protègent ou le redoutent. Et lorsqu'il disparaît, le monde qui s'était organisé autour de lui ne disparaît pas avec lui. La troupe qui vient de perdre son metteur en scène en fait à son tour l'expérience.
Comment se défaire d'une domination dont nous portons encore l'empreinte ? Comment cesser de fabriquer nos propres Don Giovanni ?
DESCRIPTION
Là ci darem la mano explore cette zone trouble où le désir rencontre le pouvoir, où l'émancipation se heurte à nos attachements, où un collectif tente, maladroitement, d'inventer d'autres manières d'être ensemble.
La musique de Mozart, éminemment théâtrale, est le cœur battant de cette traversée. Réinventée pour quatre instrumentistes, sept chanteurs et un comédien, elle déploie toute sa puissance dramatique, tendue entre Éros et Thanatos, l'intime et le grandiose, la gravité et la légèreté. Elle se joue, s'interrompt, se reprend, entraîne les corps et les voix dans une forme libre, physique, traversée d'humour, de risque, de violence et de joie.
À l'aube, rien n'est résolu. Après avoir remonté toute l'œuvre à rebours, il ne reste plus que l'Ouverture à jouer : quelques minutes de musique encore avant le nouveau jour, où quelque chose de la joie semble s'ouvrir au milieu même des blessures et des contradictions.

